Les rituels de beauté de nos mères et grands-mères
Fragment de mémoire | Souvenirs et héritage du Maghreb

Les rituels de beauté de nos mères et grands-mères

Il existe des gestes que l’on apprend sans vraiment savoir à quel moment ils sont entrés dans notre vie.

On les observe d’abord en silence. Une mère qui prépare le henné, une grand-mère qui enroule soigneusement ses cheveux dans un kardoune, une tante qui fait chauffer la cire orientale dans la cuisine. Puis, un jour, presque naturellement, nos mains reproduisent les leurs.

Ces rituels de beauté ne se trouvaient pas dans des livres. Ils se transmettaient dans l’intimité des maisons, entre les femmes, au fil des conversations et des après-midi passés ensemble.

Le henné, un rituel qui demandait du temps

Le henné occupait une place particulière dans nos maisons.

On le préparait pour embellir les mains et les pieds, mais aussi pour prendre soin des cheveux. La poudre était mélangée jusqu’à obtenir une pâte épaisse, puis appliquée patiemment.

Pour les cheveux, il fallait parfois les envelopper dans des sacs en plastique avant de les maintenir avec des bandelettes. Certaines femmes gardaient même le henné toute la nuit pour que la couleur prenne davantage.

L’odeur restait longtemps sur les cheveux et sur la peau. Elle faisait partie du rituel, au même titre que l’attente et les gestes précis de celles qui savaient exactement comment préparer la pâte.

Le henné n’était pas seulement un soin. Il accompagnait les fêtes, les mariages et certains moments importants de la vie familiale. Il réunissait les femmes autour d’un geste ancien, transmis d’une génération à l’autre.

Ma mère en tenue traditionnelle tunisienne avec les mains ornées de henné

Ma mère, les mains ornées de henné, vêtue de sa tenue traditionnelle. Une image de ces gestes, de ces étoffes et de ces souvenirs qui se transmettent entre les femmes de notre famille.

Le kardoune et l’okssa pour prendre soin des cheveux

Après avoir lavé et séché les cheveux, venait parfois le moment du kardoune.

Ce long ruban était enroulé autour des longueurs afin de les protéger pendant la nuit et de les lisser sans chaleur. Le geste demandait un peu d’habitude. Il fallait maintenir les cheveux, serrer suffisamment le ruban et l’enrouler avec régularité.

Selon les familles et les régions, on parlait aussi d’okssa.

Au réveil, les cheveux étaient plus souples, plus disciplinés et protégés des frottements. Bien avant les appareils chauffants et les nombreuses routines capillaires proposées aujourd’hui, ce simple morceau de tissu faisait déjà partie des habitudes de beauté.

Dans les salles de bain et les chambres, on retrouvait également ces brosses rondes achetées dans les souks. Elles étaient utilisées pour coiffer, lisser et donner du mouvement aux cheveux.

Des objets simples, parfois conservés pendant des années, qui accompagnaient le quotidien des femmes.

La cire orientale préparée à la maison

La cire orientale faisait elle aussi partie de ces savoir-faire transmis.

Préparée avec du sucre, de l’eau et du citron, elle demandait de la précision. Il fallait surveiller la cuisson, observer la couleur du mélange et reconnaître le bon moment pour retirer la casserole du feu.

Une fois refroidie, la pâte était travaillée entre les doigts avant d’être appliquée sur la peau.

Les premières tentatives n’étaient pas toujours réussies. La cire pouvait être trop liquide, trop dure ou rester collée aux mains. Mais, à force de regarder les femmes de la famille, le geste finissait par devenir plus naturel.

Là encore, il ne s’agissait pas uniquement d’un soin. Ces moments devenaient des espaces de discussion, de conseils et de complicité.

Le khôl, un geste simple et reconnaissable

Un petit flacon, un bâtonnet fin et un geste précis devant le miroir.

Le khôl soulignait le regard en quelques secondes. Il pouvait être conservé dans un petit contenant décoré, posé près des parfums, des bijoux et des accessoires pour les cheveux.

Son application faisait partie de ces gestes que les plus jeunes observaient avec fascination.

Le khôl traversait les générations et les frontières. Même loin du pays, il continuait à trouver sa place dans les trousses de maquillage et les salles de bain.

Les foulards à fleurs et les objets du quotidien

Les rituels de beauté ne se limitaient pas aux soins.

Il y avait aussi les foulards à fleurs noués autour des cheveux, portés sur les épaules ou utilisés pour protéger une coiffure. Leurs couleurs vives contrastaient avec les murs blancs des maisons et les portes bleues.

Autour de ces gestes, tout un décor prenait place.

Le bougainvillier débordait parfois au-dessus d’un mur. Une fenêtre bleue restait entrouverte pour laisser circuler l’air. Une brosse, un flacon de khôl ou un morceau de tissu était posé sur une petite table.

Ces éléments paraissaient ordinaires. Pourtant, ce sont souvent eux qui reviennent avec le plus de force lorsque l’on pense aux maisons de notre enfance.

Des gestes anciens dans nos vies d’aujourd’hui

Nos habitudes ont changé.

Les appareils électriques, les produits prêts à l’emploi et les nouvelles routines ont pris place dans nos salles de bain. Pourtant, certains gestes sont restés.

Le henné est toujours préparé pour certaines occasions. Le kardoune continue de protéger les cheveux pendant la nuit. La cire orientale se transmet encore entre sœurs, cousines, mères et filles. Le khôl garde sa place dans de nombreuses trousses de beauté.

Ces pratiques ont parfois évolué, mais elles continuent de créer un lien entre nos vies actuelles et celles des femmes qui nous ont précédées.

Pour celles et ceux qui grandissent entre deux cultures, les reproduire peut aussi devenir une manière de préserver une part de leur histoire.

Il suffit parfois d’une odeur, d’une couleur ou d’un geste devant le miroir pour retrouver une salle de bain, une chambre ou une maison que l’on croyait lointaine.

Yasmine, une illustration inspirée de ces rituels

Ces gestes transmis entre les femmes ont également inspiré Yasmine, l’une des illustrations de la collection Barcha Farha.

À travers elle, j’ai souhaité faire revivre ces instants passés devant le miroir, les cheveux enveloppés dans un kardoune, le khôl posé près des bijoux et le parfum du jasmin qui accompagne les souvenirs d’été.

Yasmine prend aujourd’hui place sur différents objets du quotidien afin que ces gestes, ces détails et ces souvenirs continuent de nous accompagner.

Selon la composition des commandes et les disponibilités, il m’arrive également de glisser dans certains colis une petite attention inspirée de nos rituels de beauté. Une manière supplémentaire de célébrer nos racines et de prolonger l’histoire racontée par la collection.

Découvrir les créations Yasmine

Des gestes devenus précieux

Ces rituels nous rappellent que la transmission ne passe pas toujours par de grands discours.

Elle se glisse aussi dans les habitudes les plus simples, dans les objets que l’on conserve et dans les mouvements que nos mains n’ont jamais oubliés.

Des gestes de beauté devenus, avec le temps, des gestes précieux.

Et si nous réveillions la Yasmine qui sommeille en chacune de nous ?

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